Critique de Ordo ad chao
1 02 2009En 2007, que restait-il de Mayhem ? Pas grand-chose. Un public divisé depuis longtemps par la mort prématurée du combo, sa résurrection controversée et son nouveau vocaliste, ainsi que par le caractère expérimental qui animait le groupe depuis son retour sur la scène Black Metal. Certains enfants ingrats reniaient donc le père fondateur des préceptes et codes qu’eux-mêmes suivaient sans relâche ? Il fallait sermonner les disciples infidèles, rassurer les troupes de fans encore pleins d’espoir et montrer à tous que Mayhem, true ou pas, était encore capable des plus belles aventures musicales. Une telle opération ne s’improvise pas, et c’est fort de nouveaux atouts que la machine de guerre se remet en route.
Débarrassés de l’handicapant Maniac, chanteur aux prestations studio et live sujettes à controverse, les membres restants choisirent tout simplement Attila, le démon magyare qui hantait De Mysteriis Dom Sathanas, cet album maudit qui occultait à lui seul le reste d’une discographie pourtant digne de ce nom. Rapporterait-il avec lui la formule magique qui insufflait à ce fameux disque son aura macabre et vampirique ? Les défenseurs devant l’éternel de cette sortie mythique chercheront la réponse, malgré la débâcle qu’ils attribuent au groupe depuis 1997.
Les retrouvailles étant faites, qu’ont elles données ? Un album noir. Mais différent. Preuve en est avec cette intro. De toute sa carrière, c’est la première fois qu’un album longue durée de Mayhem commence sans nous exploser à la figure. D’entrée de jeu le groupe nous donne la couleur générale du disque: majoritairement mid-tempo, oppressant et servi par une production à des lieux de celles de leurs précédents efforts discographiques. Exit le son clinique de Chimera, place à un lo-fi des plus singuliers, un accordage abyssal de la guitare, une basse encore moins évidente, et une batterie au son des plus étranges. Jamais de mémoire Hellhammer n’avait usé d’un tel rendu, encore moins pour couvrir ce qui reste une de ses plus belles performances. Il est ici impérial, seul maître à bord d’un navire pris en pleine tempête, entre silences pesants, accélérations brusques, compositions déstructurées. Blasphemer, plus encore qu’auparavant, s’abstient de livrer riffs catchy ou de construire une oeuvre efficace, et brouille les pistes pour un album décidément… inhospitalier.
Déroutant surtout. Les rythmiques lourdes, les changements de rythmes fréquents et les riffs caverneux donneraient presque une teinte Death Metal à l’ensemble. Instable et nerveux, la musique devient réellement oppressante, comme jamais Mayhem ne l’avait été. Ordo Ad Chao est moins une synthèse de la discographie du groupe qu’un melting-pot d’influences diverses, mêlées bien sûr à l’expérience du groupe. Blasphemer disait aimer le Post-Black, et cela se sent ici. Comment ne pas penser à Blut Aus Nord tout au long du disque, voire même à Deathspell Omega quand l’ambiance est à son comble, notamment sur Illuminate Eliminate, pièce charnière du CD ? Sans s’abaisser à la copie, Mayhem digère toutes ses influences et les ressort à sa manière, pour un résultat surprenant. Mais c’est aussi ses monuments qu’il revisite, en témoigne l’intro de Psychic Horns qui respire le Chimera, le côté dense du Wolf’s Lair Abyss qui se retrouve sur toute la galette, à l’instar du De Mysteriis Dom Sathanas que la voix d’Attila évoque suffisamment. Seul oublié, Grand Declaration Of War que la formation semble avoir décidé d’enterrer malheureusement.
Attila donc, un des vocalistes les plus emblématiques du Black Metal est dans la place. C’est qu’il habite vraiment Ordo Ad Chao, et est lui aussi à son meilleur. De ses râles caractéristiques à des envolées aigues terrifiantes, en passant par des sanglots, des growls et même un sing-along sur Anti, le Hongrois montre qu’il n’a rien perdus au fil des années, au contraire. Il gagne même en crédibilité depuis De Mysteriis Dom Sathanas, et sa palette vocale s’est élargie. Imprévisible, il installe lui aussi un climat de peur par ses éructations.
Jusque là, tout va bien, on pourrait sacrer sans problèmes Ordo Ad Chao comme un nouveau chef-d’oeuvre, redorer définitivement le blason terni de Mayhem et crier au génie. Mais abordons maintenant les défauts de la rondelle…
Si sa production est originale et tranche radicalement avec le récent passé du groupe, elle pèche néanmoins par son inégalité. Variable, elle change d’un morceau à l’autre, sans logique ni sens. Cela rajoute au côté labyrinthique du groupe, mais à trop semer l’auditeur, on le ferait passer à côté de la qualité du disque… et à moins d’être sensible à ce choix particulier, dur d’y accrocher. Ensuite, l’album s’essouffle finalement bien trop vite. Les nouveautés agissent comme un écran de fumée, jetant un voile opaque sur l’album et sa substantifique moelle. On tâtonne beaucoup à l’écouter, on pense en venir à bout à chaque écoute mais après coup, on se rend compte de la linéarité de l’objet, de son manque d’ambition et de ses limites. Technique oui, intriguant oui, mais en définitif, un peu vain.
Arrivé à la conclusion, il est bien difficile de noter Ordo Ad Chao. La controverse entourant Mayhem ne s’estompera avec cet album, qui fait appel plus à la sensibilité et aux goûts de chacun qu’il ne cherche à être unanime. On ne réagira pas tous de manière similaire à cette sortie tumultueuse, et ce qui est un défaut pour l’un deviendra une qualité pour d’autre. Là où les avis se rejoindront, c’est pour dire que Mayhem a encore ce même esprit obscur et impénétrable qu’à ses premiers balbutiements, et que nous auditeurs de la bête, n’avons pas finis d’être surpris.
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Catégories : Mayhem
