Clip Bewitched

1 02 2009





Critique de l’album Lucifer Rising

1 02 2009

Grosse année que 2008 pour les Suédois Candlemass. Outre la réédition de tout son back catalogue entreprise par Peaceville, voici que sort le nouvel EP (EP ? On en reparlera…) du groupe doom/heavy suédois le “mieux survivant” de tout l’univers.

Survivant notamment grâce à l’intervention salvatrice, depuis 2007 et le très bien tenu “King Of The Grey Islands”, du chanteur Robert Lowe (Solitude Aeturnus), remplaçant au pied levé de Messiah Marcolin, en situation de différend avec le reste du line-up après un album blanc et éponyme qui, en 2005, s’est attiré à juste titre les faveurs du public et de la critique. Un peu dommage tout de même, mais il faut faire table rase.

Du coup, “Lucifer Rising” garde une importance historique : il est le tout premier enregistrement de Candlemass sur lequel la logique collaborative avec Rob a été poussée à son paroxysme. Tandis que sur le dernier opus studio, le chanteur palliait à l’absence d’un Messiah pour lequel avait été composé l’album entier, les structures musicales de “Lucifer Rising” ont été pensées pour Lowe lui-même, et lui seulement. Ce qui aurait tendance, visiblement, à le conforter dans ses responsabilités de chanteur permanent ; un rôle dans lequel il s’installe avec bien du naturel et, semble-t-il, une implication forte. Le frisson est clairement au rendez-vous sur ce nouvel EP… et sur la forme, le reste aussi : comme les guitares par exemple, celles de la paire Mats Mappe Björkman / Lars Johansson.

Toujours mené par le bassiste Leif Edling (Krux), Candlemass poursuit un petit bonhomme de chemin qualitatif qui fait plaisir à voir. Le groupe ne faiblit nullement et ce nouvel EP, s’il constitue plus une pièce de collection qu’autre chose, en est une belle preuve. Candlemass y présente trois nouvelles prises studio (dont seulement deux véritables inédits), à commencer par un “Lucifer Rising” à l’attaque heavy proche d’un (bon et vieux) Judas Priest. Les attaques aiguës de Lowe n’y sont certainement pas pour rien. Sur ce titre, Candlemass déploie une vraie énergie donnant une crédibilité à cette structure plus speed que la moyenne de ses compositions. Le groupe, définitivement, est toujours à l’aise sur les tempos soutenus. Reste à voir ce que tout cela donnera sur scène.

Le Doom est de retour via “White God”, titre au fil duquel le groupe renoue avec ses modes opératoires favoris : rythmiques mastodontes à la Black Sabbath, guitares ubuesquement noires et régénérant un rituel connu, Candlemass est ici à son aise et maintient ses positions de formation repère du genre. Classique certes, mais bigrement réussi.

Le troisième titre studio du EP est en fait une relecture de “Demons Gate”, au fil de laquelle Rob prend possession d’une histoire à laquelle il a assisté en tant que fan mais n’a pas participé dans le réel. Sa voix injecte un venin véritable au titre, tandis que s’affine le constat de son apport à Candlemass. Ce dernier peut être comparé à celui d’un Ronnie James Dio à Black Sabbath. En comparaison de Messiah Marcolin, le timbre de Lowe a quelque chose de plus classique, c’est vrai, mais il apporte en même temps une fraîcheur et une mélodicité. Elles donnent du sang frais à un ensemble dont on croyait connaître par cœur les atours. Candlemass, grâce à Lowe, se régénère. Cette nouvelle version de “Demons Gate”, si elle risque certes de ne pas surprendre grand monde, fait dire aussi que Candlemass est redevenu un vrai groupe. Son histoire le porte autant qu’il porte son histoire, et les vieux titres y gagnent une superbe.

lucifer-rising

Superbe qui gagne aussi l’ensemble des titres live enregistrés à Athènes en 2007, ensemble qui succède aux trois prises studio inaugurales. Pas moins de neuf titres complètent cet ensemble présenté initialement comme un format EP et qui, du fait de la présence des bandes enregistrées en concert, atteint presque l’heure et quart. Généreuse offrande, et qui surclasse définitivement le format court annoncé officiellement.
Sur le fond, Candlemass ne se fiche donc pas de la gueule du monde. Il en donne pour votre argent. Les prises live, assez réussies ( en dépit de petites faiblesses ponctuelles au chant) et bénéficiant d’un mix propre et puissant, mettent en scène un groupe sûr de son affaire. Il égrène ses classiques avec grand naturel (“At the Gallows End”, “Solitude”, “Mirror Mirror”, “Samarithan” ou les plus récents “Black Dwarf” et “Devil Seed”) à une époque à laquelle restait très fraîche l’intégration de Rob. Outre le fait que son nouveau chanteur a la carrure, ce dernier a clairement la culture qui allait avec le rôle qui lui est désormais attribué. On prend acte.

Il y a des retours sur lesquels on peut rester circonspect mais là, la carte qui s’abat est la bonne. Il est bien de la vigueur là-dedans, ce dont devrait bénéficier un tout nouvel album studio à paraître en 2009.
On les attend au virage, certes, mais la confiance est là. 2009 sera l’année d’une confirmation obligatoire.

Tracklisting :
01. Lucifer Rising
02. White God
03. Demons Gate (Re-Recorded)

Live In Athens 2007 :
04. At The Gallows End
05. Solitude
06. Emperor Of The Void
07. Devil Seed
08. Mirror Mirror
09. Under The Oak
10. Of Stars And Smoke
11. Black Dwarf
12. Samarithan

Source:  http://www.obskure.com/fr/kro_model.php?n_kro=5951






Bio et Discographie de Candlemass

1 02 2009

logo Candlemass

Line-up:
- Robert Lowe (chant)
- Lars “Lasse” Johansson (guitare)
- Mats “Mappe” Björkman (guitare)
- Leif Edling (basse)
- Jan Lindh (batterie)

Candlemass est probablement le groupe de Doom le plus connu et le plus admiré de tous. Glorieux pionnier des 80s aux côtés de Cathedral, le groupe a joué un rôle fondamental dans l’élaboration de la scène Doom en poussant plus avant le concept de ralentissement du Heavy Metal entamé avec Black Sabbath, Trouble, Saint Vitus ou encore Witchfinder General. Certains lui prêtent même la paternité du terme «Doom Metal». Plus de vingt années après ses débuts, la formation a acquis le statut de groupe cultissime parmi les groupes cultes, entré définitivement au panthéon de la musique Metal, voire de la musique, tout simplement.
Tout commence à Stockholm en 1984 lorsque le bassiste Leif Edling décide de reformer un groupe sur les cendres de Nemesis, son précédent projet (dont certaines compos seront retravaillées puis utilisées par Candlemass). Les membres vont et viennent au sein de la formation nouvellement nommée Candlemass qui enregistre trois démos, ce qui lui vaut un deal avec le label français Black Dragon. En 1986 pour la sortie d’un premier album, le line-up est le suivant: Leif Edling (basse), Johan Lanquist (chant), Mats Björkman & Klas Bergwall (guitares) et Matz Ekström (batterie). C’est en 1986 qu’Epicus Doomicus Metallicus voit le jour, album aujourd’hui considéré comme LA pièce maîtresse du groupe et du Doom tout entier, géniteur d’une nouvelle branche: l’Epic Doom. Mais à l’époque les critiques sont loin d’être dithyrambiques ; elles saluent certes une certaine originalité mais rien de plus.
La valse des membres continue après ce premier effort, et c’est en 1987 que débarque Eddie « Messiah » Marcolin, fantasque chanteur à la voix unique qui s’habille en moine sur scène. Après une nouvelle démo et le départ de chez Black Dragon pour le label britannique Active Records, le groupe s’attelle à l’enregistrement d’un deuxième album qui voit finalement le jour en novembre de la même année, intitulé Nightfall. Bien aidé par de nombreux concerts et une distribution aux USA, ce nouvel enregistrement fait exploser la popularité du groupe, principalement sur le vieux continent où tous les labels sont dorénavant à l’affût.
Quasiment un an jour pour jour et deux démos plus tard, Ancient Dreams, troisième album studio de Candlemass, sort et lui ouvre les portes du succès, avec notamment une entrée au classement des North American Billboard Charts. Tales of Creation suit l’année suivante, et le groupe sort chez Metal Blade son premier live en 1990, enregistré à Stockholm et sobrement intitulé Live.
Mais un évènement de taille menace la survie du groupe lorsqu’en 1991 Messiah Marcollin décide de quitter le navire en plein succès. S’en suit alors une période morne où la formation parvient tout de même à signer chez Music for Nations et enregistrer Chapter VI avec Tomas Vikström au chant, mais le cœur n’y est pas et les membres restants décident de plonger le groupe en sommeil prolongé.
Candlemass semble alors condamné, mais la formation ressurgit de manière inattendue en sortant un nouvel opus en 1998, Glamilis Glomerata. Nouveau line-up, nouveau chanteur en la personne de Bjorn Flodkvist mais toujours sur même label, ce retour n’est pas qu’un simple feu de paille puisque le groupe récidive l’année suivante avec From the 13th Sun.
Il faut néanmoins attendre 2003 pour entendre à nouveau parler du groupe avec la sortie de Documents of Doom, DVD live / documentaire et d’un autre live, Doomed for Live – Reunion 2002. On se dit alors que la messe est dite, mais c’est sans compter avec ce diable de Messiah Marcolin qui fait son grand retour avec Candlemass en sortant un album éponyme en 2005 chez Nuclear Blast. Le groupe surprend encore tout son monde avec ce come-back inespéré puisque, non contents de simplement revenir, les Suédois sortent un album monumental, salué unanimement par la critique internationale et considéré comme un de leurs meilleurs enregistrements. Surfant sur la vague de ce regain d’intérêt, un nouveau DVD live sort la même année, intitulé The Curse of Candlemass.
La formation enchaîne ensuite les concerts, et on ce dit que cette fois, c’est bel et bien reparti.
Mais encore une fois, Messiah Marcolin surprend tout le monde en quittant précipitamment le groupe courant 2006. Après d’innombrables rebondissements à base de vrais faux retours, la séparation devient officielle à la fin de l’année.
Robert Lowe (Solitude Aeternus) est choisi comme remplaçant début 2007, et un nouvel album, King of the Grey Islands, est attendu pour le 12 juin 2007 pour continuer la saga d’une formation unique en son genre, très souvent imitée mais, comme on dit, jamais égalée.

:: Site Officiel :: www.candlemass.se/
:: Second Site :: www.myspace.com/candlemassdoom
photo Candlemass

:: Chroniques ::

Live
Note : 13 / 20
Année : 1990
A Ecouter : Solitude, Under the Oak, Through the Infinitive Halls of Death, A Sorcerer’s Pledge…
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Après un retour fracassant avec l’incroyable Tales of Creation, Candlemass est vraiment au top en cette fin de siècle ; un début de carrière idéal qui a vu le groupe sortir trois albums phénoménaux (certains diront quatre), se faire une réputation de bête de scène, et amasser pas mal de pognon grâce aux ventes de ses galettes. Normal donc que l’attente soit énorme autour d’un nouvel opus, d’autant plus que les Suédois ont habitué leur public au rythme d’une sortie par an. Ca ne rate évidemment pas, puisque un cinquième album voit le jour environ neuf mois après son illustre prédécesseur… et surprise puisque, comme son nom l’indique vaguement, il s’agit d’un album…live.

Surprise donc, mais aussi déception, car compte-tenu du statut de Candlemass et de son formidable savoir faire, attendre un album « classique » n’était sans doute pas un fol espoir. Or ici, tout ce que l’on a, c’est un concert enregistré à Stockholm que l’on nous sert en guise de cinquième opus. Alors, panne d’inspiration ? Coup marketing ? Peut-être, mais sans doute est-ce plus dû à des tensions au sein du groupe qu’à autre chose, comme les événements ultérieurs le confirmeront… Mais restons en 1990 pour le moment.

Live est donc composé de douze titres* qui sont autant de singles (avérés ou potentiels), puisque sont regroupés là tous les titres les plus accrocheurs du catalogue de Candlemass, les trois-quarts provenant d’ailleurs des deux premiers opus du groupe (un seul* étant issu d’Ancient Dreams, serait-ce une prise de conscience ?). Alors oui, on peut dire que le meilleur de Candlemass est réuni ici, Bewitched, Solitude, At the Gallow’s End, Under the Oak, The Sorcerer’s Pledge… elles sont toutes là, et semblent passer très bien en live (mais est-ce vraiment une surprise ?). En effet, Marcolin est déchaîné, chante particulièrement bien, confère un impact réel aux différentes compos, dégage des émotions sincères (Solitude, Under the Oak, Samarithan), harangue et n’hésite pas à faire participer la foule qui l’a vu devenir ce qu’il est (grand moment de communion sur A Sorcerer’s Pledge)… tout l’attirail du parfait frontman en somme. Le son quant à lui est bon, les différents instruments se distinguent facilement les uns des autres, il n’y a jamais de saturation, pas de pains, tout est nickel… Mais peut-être un peu trop lisse justement, surtout au niveau du public que l’on entend très peu, et qui, lorsqu’il se manifeste, semble assez léthargique. Du coup, difficile pour l’ambiance live de s’installer réellement à l’écoute de ce disque.

Mais le vrai problème n’est pas là ; la question qu’il faut se poser est : quel était l’intérêt du groupe à sortir un album live qui est plus un best-of qu’autre chose ? Peut-être n’était-ce pas sa décision, peut-être était-ce juste destiné à masquer une période agitée où la créativité n’était pas le souci premier de la formation scandinave, mais quoi qu’il en soit, et quitte à en décevoir certains, il aurait sans doute été plus sage de rompre avec cette tradition d’un disque par an afin de prendre le temps de composer un vrai album…

Quoi qu’il en soit, ce Live remplit assez bien sa fonction primaire puisque il offre un bon divertissement, et peut aisément servir de passerelle pour celui qui souhaiterait découvrir rapidement le groupe. Mais il faut tout de même admettre que son intérêt reste limité, d’autant plus lorsque que l’on attendait quelque chose de la trempe d’un Tales of Creation… Maintenant, il faut souhaiter que ce ne soit pas le début d’une période trouble pour Candlemass
* La version européenne sortie chez Music for Nations contient treize titres, avec The Bells of Acheron en 08.

Tales of Creation
Note : 18 / 20
Année : 1989
A Ecouter : Absolument

Quatrième album en quatre ans pour les suédois de Candlemass, mais cette fois-ci ils sont attendus au tournant, car ils reviennent après un album très décevant, mais qui a paradoxalement (ou pas ?) été un succès immense en termes de ventes. Pression donc autour de la sortie de Tales of Creation.

Après se l’être joué trop facile sur le mou du gland Ancient Dreams, Candlemass avait intérêt à retrouver son fameux punch et son sens aigu de la composition sous peine de perdre une grande partie de sa personnalité; et si l’on pouvait avoir des craintes à sujet, elles se trouvent rapidement dissipées à l’écoute de ce Tales of Creation. Le punch tout d’abord est bien de retour, un retour spectaculaire d’ailleurs, dopé aux riffs incisifs (Dark Reflections !), aux solis ravageurs (Into the Unfathomed Tower, Tears, Through the Infinitive Halls of Death, A Tale of Creation) et soutenu par un chant enfin au service de l’ensemble, qui ne cherche plus à constamment se mettre en avant et qui dégage une sacré dose d’émotions (Tears, The Edge of Heaven, Somewhere in Nowhere). Les variations de tempo sont beaucoup plus fréquentes qu’auparavant, et c’est une sacrée évolution, bien utile pour rompre la monotonie que ce genre de musique peut parfois inspirer (à tout hasard, l’album précédent). La surprise vient de la présence d’Under the Oak, tirée d’Epicus Doomicus Metallicus, bien négociée par Marcolin quand on connaît la force émotionnelle de l’originale, et qui trouve parfaitement sa place au sein de ce disque.

Quant au travail de composition, le groupe s’est ici surpassé pour pondre un album infiniment plus complexe et sombre que son prédécesseur, construit sur le concept de la création (sérieux?), de prime abord fortement teinté de spiritualité, mais qui va au-delà en proposant une ébauche de réflexion sur la création au sens global, qu’elle soit physique (mort / renaissance), intellectuelle (création artistique) ou donc spirituelle (l’existence du Paradis, la création du monde), chaque piste abordant chacun de ces aspects. Au sens purement technique, on l’a dit les soli sont vraiment impressionnants et sont totalement intégrés aux compositions. A ce titre, la piste purement instrumentale Into the Unfathomed Tower est un parfait exemple de démonstration technique ayant une vraie saveur, œuvre complexe divisée en sept mouvements toute en vélocité et feeling totalement épique.

Toutefois, l’album ne prend vraiment toute sa dimension que lorsque que l’on combine ces deux facettes du travail de Candlemass ; des interludes judicieusement placés (l’intro The Prophecy, Voices in the Wind ou encore Dawn), lors desquels des voix étranges racontent des histoires énigmatiques toujours en rapport avec la création, renforcent encore davantage l’aspect concept-album de ce disque, et du même coup l’impact des autres compos s’en trouve amplifié grâce au contraste entre pistes traditionnelles et intermèdes uniquement parlés. Ainsi, l’agencement de l’ensemble est remarquable, et contribue à créer une véritable atmosphère qui invite à la réflexion et à la méditation, conférant à ce disque une vraie âme, et faisant passer Ancient Dreams pour une simple coquille vide.

Ainsi, ce Tales of Creation permet à Candlemass de retrouver sa place au sommet de la scène Doom épique, album magistral sur lequel le groupe signe quelques-unes de ses plus belles compos. Les scandinaves parviennent à renouer avec la féérie de Nightfall et l’atmosphère sombre d’Epicus Doomicus Metallicus, pour le plus grand bonheur des fans de la première heure. Candlemass est à présent à l’apogée de son talent, et plus rien ne semble pouvoir l’ébranler…
North is cold, summer is late
South is sorrow, surrounded by hate
West is far, a dream you are creating
East is here, and your fate is awaiting

Ancient Dreams
Note : 13 / 20
Année : 1988
A Ecouter : The Bells of Acheron, Epistle No.81
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Paf ! Trois albums en trois ans, Candlemass poursuit sur son rythme métronomique avec la sortie d’Ancient Dreams en 1988. La popularité du groupe est alors au plus haut, et ce en seulement deux albums, certes de très haute volée. Autant dire donc que la formation britannique est attendue au tournant, et elle le sait.

C’est d’ailleurs peut-être pour ça que sur ce disque, Candlemass ne prend aucun risque ; si l’évolution entre ses deux premiers opus était franche, le groupe se contente ici de ce qu’il sait faire, point barre. Mais il le fait bien : tout est en place, bien fait, bien produit, rien ne dépasse. Mais cette perfection clinique dessert fortement le groupe ; oui, ce sont de bons musiciens, oui ces gars-là savent composer, oui, ce chanteur est incroyable, mais… on a plus l’impression d’assister à une démonstration qu’autre chose. Difficile pourtant de reprocher quoi que ce soit à ce disque, du moins pas d’emblée. Mais au bout d’un moment, le défaut majeur de cet album saute aux oreilles : il lui manque une âme.

Oui, ce disque sonne creux, vide. On a moins le sentiment d’écouter un album qu’une compilation, genre Candlemass’s Doom Masterclass. Toutes les pistes utilisant la même recette pour faire mouche instantanément, la magie n’opère pas, et l’ambiance grisante des précédents albums est ici sacrifiée au profit d’un enchaînement de singles calibrés, certes parfaitement exécutés, mais totalement dénoués d’émotion (Mirror Mirror, A Cry from the Crypt, Darkness in Paradise, Bearer of Pain… difficile de les dissocier).

L’aspect démonstration de cet album se ressent le plus facilement à l’écoute du chant. On l’a dit et redit, le sieur Marcollin est un grand chanteur, mais les craintes qu’on pouvait avoir à son sujet sur Nightfall se trouvent malheureusement ici fondées : il se balade en faisant admirer sa technique vocale, et c’est tout ; il n’habite pas la musique, il l’incarne pompeusement (Mirror Mirror, Incarnation of Evil, Ancient Dreams… en fait partout, tout le temps), et ce n’est pas Black Sabbath Medley qui contredira cet état de fait, piste complètement inutile pour tout le monde sauf pour lui, où il se prend sans succès pour ce qu’il n’est apparemment plus.

Pour autant, cet album n’est pas mauvais en soit, il est juste… mou et vide. Enfin vide, pas tout à fait, puisqu’il y a quand même de bons moments, tels que The Bells of Acheron, plus rapide que les autres et de facto un bon bol d’air puisque cette piste  arrive pile au moment où l’on attendait la fin du disque avec impatience. De même pour Epistle No. 81 qui semble renouer, l’espace d’un instant, avec Epicus Doomicus Metallicus. Mais c’est tout de meme bien peu…

Au final, avec Ancient Dreams Candlemass semble avoir sombré dans la facilité, se contentant de resservir le même plat qu’avant, mais réchauffé, et sans saveur (contrairement au pot-au-feu). La déception est amère pour les fans de la première heure (les autres sont comblés, puisque cet album occupera une bonne place dans les charts américains), mais gageons que le groupe saura renouer avec la magie de ses précédents opus (et bizarrement, quelque chose nous dit que…).

Nightfall
Note : 18 / 20
Année : 1987
A Ecouter : Pour être bewitched!
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Candlemass revient en 1987 soit un an après la sortie de son désormais culte Epicus Doomicus Metallicus, et commence peu à peu à faire parler de lui ici et là. Nightfall marque l’arrivée au chant de l’ultra charismatique Messiah Marcolin qui contribuera à l’explosion médiatique du groupe, notamment de par la tenue de moine qu’il arbore sur scène. Mais même avec un frontman de cet accabit, il semble difficile de faire au moins aussi bien que le précédent opus…

Les nouveautés sont légions sur ce disque par rapport à son illustre prédécesseur : nouveau chanteur, meilleure prod, son bien plus puissant, plus heavy et énergique qu’auparavant… de quoi être surpris en effet. Mais ce qui marque le plus c’est cette voix si particulière, tellement différente de celle de Lanquist, éjecté du groupe et qui ne s’en remettra jamais. Nous avons ici affaire à un chant ultra technique, très puissant, très juste, en somme un chant parfait (At the Gallow End, Mourners Lament, Bewitched et toutes les autres en fait)… sauf qu’au niveau du ressenti, il faut bien dire que ça coince quelque peu tant on frise parfois la pure démonstration. Si Lanquist n’était pas le meilleur chanteur de l’histoire, sa voix restait néanmoins touchante de par son humilité et son apparente fragilité, au contraire de Marcolin qui semble presque trop en faire. Mais soit, le son a évolué, la voix aussi…

Parlons en d’ailleurs de ce son, admirablement servi par une production énorme qui confère un impact certain à des compos incisives, plus Heavy tout en restant profondément Doom, avec de nombreux soli pas chiants pour deux sous qui se marient idéalement avec les passages plus lents et lourds (The Well of Souls, Bewitched). Ca fout la patate, c’est ultra efficace mais ça n’oublie pas d’être pesant, bien que la lourdeur originelle ait été mise de côté. Des compos plus véloces donc, avec de véritables hits devenus des classiques au fil du temps tels que The Well of Souls, At The Gallow Ends, Dark are the Veils of Death ou encore Bewitched et son refrain tout en lyrisme (You are Bewiiiiiiiitched !). Pour autant l’album n’est pas qu’un enchaînement de titres à bloc puisque des interludes instrumentaux judicieusement placés (Codex Gigax, Marche Funebre, l’intro Gothic Stone et l’outro Black Candles) viennent ralentir le tempo et offrir un moment de répit face à cette débauche d’énergie. L’alchimie entre cavalcades épiques et pauses contemplatives est ainsi parfaite et constitue une des grandes forces de cet album.

De même le groupe pousse encore plus loin le concept de musique épique et doomy dont il avait posé les bases sur son précédent opus, non seulement au niveau du son mais aussi au niveau des lyrics, abandonnant ainsi l’introspection et le désespoir qui étaient les thèmes majeurs du précédent opus au profit d’histoires très Heroic Fantasy et empruntes de mysticisme religieux, extrêmement accrocheuses mais qui ont bien vieillies et qui pourraient sonner kitsch pour certains (Samarithan notamment) mais, encore une fois, n’est-ce pas là tout le charme du groupe?

Ainsi Candlemass confirme avec ce disque son statut d’étoile montante de la scène Doom. Nightfall est une petite perle de Doom épique, moins axé sur l’émotion que son prédécesseur mais efficace de bout en bout et sans temps mort, qui deviendra lui aussi un album de référence pour un genre tout entier. Enfin, grâce à ce deuxième album, la popularité du groupe explosera… Restent à voir les conséquences.

Epicus Doomicus Metallicus
Note : 19 / 20
Année : 1986
A Ecouter : Pour l’histoire et pour découvrir le groupe
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1986, le Doom Metal est en pleine effervescence, les géants américains (Pentagram, Trouble ou encore Saint Vitus) se « disputant » la suprématie de la scène à leurs homologues britanniques (Pagan Altar, Witchfinder General), lorsque débarque une bande de nordiques déchaînée avec dans ses bagages un album qui vient bousculer la hiérarchie : Epicus Doomicus Metallicus.

Et ça commence très fort avec Solitude, véritable « hit » légendaire du groupe, hymne de tous les doomeux (le refrain cultissime « Please let me die in solitude…») maintes fois repris, qui résume à lui seul l’humble recette Candlemass sur ce disque: tempo lent, riffs simplistes mais terriblement efficaces, section rythmique toujours impeccable notamment grâce à la patte de Leif Edling, le tout magnifiquement soutenu par un chanteur assez hallucinant évoluant dans un registre tout en émotions, même si l’histoire montrera que le talent du sieur Lanquist ne sera jamais reconnu à sa juste valeur.

Mais restons pour le moment en 1986 avec un album qui contient certes un « hit », mais qui ne doit pas pour autant occulter les cinq autres compos qui sont, il faut le dire et le répéter, de vraies perles. Demons Gate et son ambiance épique & dérangeante, Crystal Ball et son feeling NWOBHM jouissif, Black Stone Wielder bien plus massive que les autres, Under the Oak qui deviendra un classique joué à tous les concerts… Difficile d’élever une piste particulière au dessus d’un tout qui atteint déjà des sommets, néanmoins A Sorcerer’s Pledge qui clôt le disque se révèle après de nombreuses écoutes comme le meilleur titre, désespéré et émouvant à souhait où Lanquist fait étalage de tout son talent, vraiment touchant d’humilité et de sincérité.

Outre une capacité de composition certaine, sur ce disque le groupe fait également preuve d’une personnalité unique, bien à part dans la scène Doom de l’époque ; un son plus dépouillé, moins massif même si l’influence Black Sabbath reste perceptible, très axé sur les émotions mais sans en faire trop, ce qui facilite grandement l’écoute. Evidement, certains pourront trouver que l’album a mal vieilli et manque de puissance, mais ce petit brin de kitsch donne tout son charme à un disque appelé à devenir une référence.

En cela, il ne faut pas non plus négliger l’importance historique de cette galette puisqu’elle pose les bases d’un nouveau genre de Doom, baptisé l’Epic Doom pour une raison plutôt… évidente. Compos longues, (Demons Gate, A Sorcerer’s Pledge), lyrics qui fleurent bon l’Heroic Fantasy et univers à part, on assiste à l’émergence d’un style qui inspirera nombre de formations aussi variées que reconnues telles que While Heaven Wept, Isole, Doomsword ou… Solitude Aeternus, dont l’histoire rencontra celle de Candlemass quelques années plus tard.

Ainsi Candlemass livre dès ses débuts avec Epicus Doomicus Metallicus un album extraordinaire qui deviendra un des piliers du Doom traditionnel et qui sera considéré par beaucoup comme la pièce maîtresse de la (future) riche discographie d’un groupe adulé. Pour l’instant, en 1986 la presse est loin d’être enthousiaste et le groupe encore jeune peine à faire parler de lui, n’étant pas sous le feu des projecteurs. Du moins, pas encore…